Vi(e)llage, construction collaborative d'une case polyvalente à Nkol-Assi, au Cameroun
Nous sommes deux étudiantes en fin de deuxième cycle à l'école nationale supérieur d'architecture et du paysage de Bordeaux, et nous avons effectué un échange sans précédent d'un semestre à l'école d'architecture de Yaoundé (Essaca).
Grandes baroudeuses, nous avons effectué différents voyages en zone rurale.
Ainsi, VI(E)LLAGE est né de la rencontre avec Victor et Séraphine, un couple habitant de Nkol-Assi,
un petit hameau relégué et sans électrification, de 12 cases, à 50 km de Yaoundé au Cameroun.
Nous avons séjourné à plusieurs reprise chez eux. De nos discussions et nos échanges, est née l’envie de réaliser un projet tous ensemble, pour la communauté.
Ainsi après avoir entendu et analysé les besoins, l’électrification est une première étape indispensable,
pour améliorer les conditions de vie dans le hameau, et même contribuer à son développement.
Nous proposons ainsi la réalisation durable, collaborative et participative avec les habitants et les entreprises locales ,
d’une case polyvalente et d’un jardin vivrier, impulsé par l’implantation d’un lampadaire solaire.
Ce projet a pour objectif d’être réalisé d’ici la fin de 2016.
VI(E)LLAGE est un projet solidaire qui propose de regarder l’architecture autrement.
Vi(e)llage permet d' améliorer la vie de 9 familles du hameau de Nkol-Assi (Région de la Méfou, Centre, Cameroun) sans électricité et mal raccordé aux réseaux routiers.
Nkol-Assi n'est ni dans l'urgence ni dans le besoin. On y vit au rythme de la foret équatoriale et des saisons. Seulement, il subit un désintéressement des plus jeunes, qui partent en ville pour leur études, et ne souhaitent plus revenir. Le village se dépeuple. Comment apporter un mieux-vivre attractif, en respectant le lieu et ses habitants ? Comment accueillir aussi bien l'imprévu que le quotidien dans un lieu commun ?
Nous proposons la construction solidaire, collaborative et durable d'une case communautaire polyvalente.
Le dessin de celle-ci découle d'une analyse fine, presque anthropologique, de la géographie et du village, et surtout de la collaboration avec les habitants, et les artisans locaux.
La case naît de la rencontre d'un sol et d 'un toit sous lequel viennent s'imbriquer les espaces aléatoirement et indépendamment de la structure.
Un espace de passage permet d'accueillir les invités, les passants, la famille. C'est un espace vide, entouré simplement de 4murs en pisé détaché du toit et crée ainsi une aération naturelle.
Un espace de stockage permet d'entreposer les balafons communautaires ainsi que deux cuves (léguées par la doyenne) raccordés à une descente d'eau pluviale. Un lavoir sous le robinet et à un niveau pratique permet de remplir facilement les récipients. Cette eau à usage domestique vient en complément du puit. Un espace due foyer permet la réalisation des mets, à l'abris des insectes grâce à un jeu de voiles moustiquaires.
Il se prolonge par l'espace du devant, où nous installons un lampadaire solaire (Sunna Design) dans l'alignement de l'arbre à palabre. Les journées peuvent ainsi se prolonger au delà du couché du soleil vers 18h.
Un espace de transition avec la lisière permet de proposer un maraichage sauvage à l'instar de Masanobu Fukuoka et sa philosphie, (don de semences de l'association Kokopelli). Cette nouvelle culture permet de varier sans effort la source de nourriture essentiellement composée de tubercules.
Le projet a été développé dans une logique constructive avec des matériaux locaux et de proximité qui se trouvent dans un périmètre de 20km, exception faite du lampadaire solaire et des voiles moustiquaires.
Un travail didactique en démarchant entreprises et association en parallèle du diplôme nous a permis de faire évoluer le projet, déterminer un phasage et préparer une potentielle construction.
Vi(e)llage se veut humble, en répondant à une question simple par des moyens simples mais pourtant sans précédent.
Les moments passés à Nkol Assi nous ont montrés de manière évidente que la vie urbaine ne concernait pas tout le monde, et que la vie en zone rurale était tout autant importante. Ces personnes qui vivent avec la forêt, la régule, la respecte et la valorise ont également le droit à l'accès au mieux-vivre. Ne pas s'intéresser à ces géographies reculées et ce qui la compose, et seulement laisser une dynamique capitaliste nourrir l'exode rural, serait une pensée régressive.
L'architecte a un rôle à jouer dans le changement des mentalités, relatif à cette prise de conscience autour de l'environnement, du réchauffement climatique, du mal-logement, de la bidonvilisation des villes et toutes ces problématiques liées à la mondialisation.
Le "local" est à mettre sur le devant de la scène, pour favoriser une prise de conscience collective et indispensabl. L'architecture solidaire, locale et participative est une facette méconnue du métier d'architecte, mais dont la profession a besoin.



