Construction centre de soins au Pérou
Nous sommes 18 élèves de première année des différentes écoles d'ingénieurs de Grenoble INP et nous allons partir deux mois au Pérou (un groupe en juin et un groupe en Juillet) pour continuer la construction d'un centre de soins commencée l'année dernière, a vocation d'aider et d'améliorer le travail des soigneurs locaux ainsi que de préserver leur médecine traditionnelle.
L'association
Solida’rire est une association de solidarité internationale (mais aussi locale) créée en 2008 par des étudiants de Grenoble INP et ayant pour objectif de permettre aux étudiants de participer à des actions de solidarité, dans un but non lucratif et ce, dans le monde entier.
Cette année, plus de 6 projets sont mis en place à travers le monde, afin de venir en aide à des populations dans le besoin : construction et financement d'un centre d'accueil au Burkina Faso, construction d'une salle de classe au Sénégal, mais aussi récolte de fonds pour le Téléthon, semaine de prévention pour le Sidaction, ou encore récolte de nourriture pour la banque alimentaire de la Croix Rouge.
Nous sommes, de plus en partenariat avec Solidaile, une association soutenant et accompagnant des projets de développement à l'étranger portés par des acteurs locaux. Cette association a décidé, en 2012, de soutenir les communautés Ashaninka pour un nouveau projet à l'initiative de la CECONSEC (Central de las Comunidades Nativas de la Selva Central ou centre des communautés natives de l’Amazonie centrale) qu'est la construction du centre de soins.
Le projet Ashaninka
Les acteur locaux
Les acteurs locaux liés au projet sont tous d’origine Ashaninka, communauté formant le deuxième groupe d’Indiens d’Amazonie péruvienne.
Littéralement, l’expression « Ashaninka » signifie « je porte l’harmonie ». Les Ashaninkas sont présents dans la jungle d’Amérique Latine depuis 5000 ans, leur territoire fut frontalier dans sa partie centrale avec l’empire INCA, avec lequel, ils avaient, selon les cas, des rapports amicaux ou guerriers, ainsi que des relations de commerce et d’échanges.
Quelques groupes rencontrèrent les blancs pour la première fois à la fin du 16eme siècle, d’autres eurent leurs premiers contacts seulement au 19ème siècle.
Ils se peignent le visage avec une poudre tirée d’une plante, l’achiope, pour se protéger des insectes, du soleil et des rigueurs du climat.
Avant l’arrivée des Espagnols, missionnaires, commerçants et conquistadors, les Ashaninkas occupaient un territoire immense aujourd’hui couvert par les départements de Pasco, Junin, Huanuco, et une partie de celui de l’Ucayali. Certaines zones reculées de ces contrées ont la chance d’être encore assez inaccessibles pour demeurer protégées.
D’autres, comme les vallées des Rio Tambo et du Ené-Apurimac, furent, au cours des années 80, le théâtre d’un sanguinaire génocide fomenté par les hommes du sentier lumineux.
Leurs enfants étaient kidnappés pour être intégrés dans l’armée terroriste. Il s’agissait d’attaques sauvages sans témoins, auxquelles les Ashaninkas ont su résister grâce à leur force de caractère.
Dans les années 90, l’état péruvien a su mettre un terme à ce mouvement terroriste permettant aux Ashaninkas de retrouver une certaine sérénité et de vivre en harmonie totale avec l'environnement avec un respect profond envers la nature. En effet, ils n’obéissent encore qu’à une seule loi, celle de la forêt, source de leur existence.
Ils tirent leur subsistance de la pêche, de la chasse, de la culture du riz et du manioc. Ils cultivent aussi le coton, qui sert à tisser leurs vêtements.
Les participants Ashaninkas au projet de Centre de soins sont essentiellement les tradi-praticiens. Ce sont principalement eux qui soignent les patients dans les communautés indigènes.
Pour le traitement des maux simples, les personnes appelées « anteaviari » (ayant une grande connaissance de la médecine) sont consultées et les maladies sont souvent traitées avec des préparations d'herbes, des régimes et des plantes. Au démarrage du projet, ils seront une quinzaine environ.
Le centre de soins
Les soigneurs Ashaninkas ont l'inconvénient d'être dispersés, ce qui oblige souvent les personnes voulant recquérir leur aide à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres avant de pouvoir en rencontrer un. Un trajet qui n'est pas toujours évident à financer.
Pour essayer de remédier à cela, nous allons construire un centre de soins à proximité de Bajo Kimiriqui, un village situé en plein coeur de la Selva centrale dont les alentours rassemblent plusieurs communautés Ashaninkas. Ce projet, mis en place en accord avec les représentants de la CECONSEC a pour objectif de regrouper les soigneurs pour rendre leur travail plus efficace et plus accessible aux locaux. Les tradi-praticiens pourront partager leurs connaissances et ainsi assurer la promotion et la pérennité de leur médecine traditionnelle.
Un groupe d'élèves étant déjà parti l'année dernière et les travaux ayant continué tout au long de l'année, la construction du centre est presque terminée mais il reste encore de nombreuses choses à faire avant de pouvoir l'ouvrir aux patients. Il faut encore totalement l'aménager et surtout effectuer un important travail d'échange avec les soigneurs qui, habitués à travailler seuls, ne connaissent rien à la gestion d'un tel centre. Un système de potabilisation de l'eau est également à mettre en place si le centre veut espérer prospérer.
Des élèves de médecine de l'association Solimed nous accompagneront également en juillet pour sensibiliser les Ashaninkas à la médecine occidentale afin de leur apporter des connaissances de bases sur le corps humain. Le but est surtout qu'ils sachent identifier les situations d'une blessure grave nécessitant par exemple le transport à l'hôpital le plus proche.
De plus, cela permettra d'apporter quelques notions d'hygiène élémentaire qu'ils appliqueraient au sein du centre et dans l'idéal dans tout le village Nous aimerions également les sensibiliser à des quelques notions environnementales. En effet, les Ashaninkas ont depuis toujours utilisé des matériaux dégradables. Mais ils sont aujourd'hui bousculés par l'occidentalisation et utilisent de plus en plus de produits non-biodégradables mais continuent à les jeter dans la nature. Notre but est alors de leur apporter quelques notions sur la nature des produits bio-dégradables ou non, et nous réfléchissons à un système de ramassage d'ordures.
Nous comptons aussi les aider à la gestion du site une fois celui-ci mis en place. Pour cela, nous allons leur apporter quelques ordinateurs et leur apprendre des outils informatiques basiques tel que le tableur excel, pour qu'ils puissent gérer le centre.
Toute cette partie de sensibilisation est assez délicate, car nous voulons les aider mais sans leur imposer notre culture occidentale ou notre manière de voir les choses.
Suite au groupe d'étudiants parti l'an passé pour commencer la construction du centre, deux journalistes sont parties cette année afin d'effectuer un travail sur la culture Ashaninka. Par ailleurs, une étudiante en communication effectuera un reportage photo et vidéo à nos côtés en Juillet. Notre projet s'inscrit donc également dans un profil d'information.
Comment allons nous utiliser l'argent récolté?
Les fonds nécessaires au projet sont essentiellement dédiés à la construction du centre de soin. Des cases ont déjà été construites l'année dernière, mais sont à terminer cet été. Nous allons notamment procéder à l'aménagement de celles-ci ainsi qu'au système d'évacuation des eaux.
Les sabios aimeraient, de plus, avoir une cafétine dans laquelle ils pourront se reposer et manger. Comme le reste du centre, nous construirons cette cafétine avec les matériaux et les savoir-faire locaux.
Il est prévu que nous réalisions toute une communication autour de ce centre :
- Randonnées de plusieurs jours accompagnées d’une personne de la CECONSEC
- Organisation d’une communication efficace dans les communautés visitée
Le but étant de promouvoir au maximum ce centre afin qu'il bénéficie au plus grand nombre de villageois possible.
Un de nos objectifs principaux étant que le site perdure et que la gestion se fasse sans encombre, nous avons prévu l'apport de matériel informatique, ainsi que des cours d'informatiques et d'aide à la mise en place de la gestion afin de guider les sabios pour cela.
Nous réfléchissons, de plus, à un moyen de potabiliser l'eau locale. Cela faciliterait grandement la vie des villageois, qui n'auraient plus à faire bouillir l'eau avant de pouvoir l'utiliser. En dehors de cet aspect pratique indéniable, bénéficier d'une potable fait partie des attentes fondamentales que l'on peut avoir pour un centre de santé.
Le budget prévisionnel
Le budget prévisionnel pour l'ensemble du projet est de 17 300 euros, réparti entre les trois associations françaises : Solidaile, Solida'Rire et Solimed.
L'argent que nous récolterons au sein de notre association servira principalement à la finition de la construction du centre, à la promotion de celui-ci et au salaire du maitre d'oeuvre qui travaillera avec nous. En ce qui concerne les billets d'avion et les frais de logement et d'alimentation sur place, ils sont à notre charge personnelle.



