ISF Nantes à Colibantan
L’association étudiante Ingénieurs Sans Frontières Nantes s'est associée avec l'Association Colibantan, située à Nantes, pour répondre aux besoins des agriculteurs du village sénégalais Colibantan. Depuis plusieurs années, l’AVED Colibantan, association de villageois partenaire de l’association Colibantan, forme les femmes à la culture maraîchère dans un jardin tropical amélioré. Les cultures répondent aux attentes des villageois, cependant ils n'ont que très peu de moyens pour conserver leurs produits lors de l’arrivée massive des récoltes. Nous nous sommes donc mobilisés pour leur proposer une solution de séchoirs solaires passifs, qui permette une conservation des denrées à plus grande échelle et de meilleure qualité. Mais avant tout, nous souhaitons mettre l’accent une fois sur place sur la formation de la population locale à l’utilisation, à la construction et à l’entretien de ces séchoirs solaires.
I) Présentation des acteurs
A) La Fédération Nationale d'Ingénieurs Sans Frontières (ISF)
Ingénieurs sans frontières est une association française de solidarité internationale créée en 1982.
C'est avant tout une fédération qui rassemble 32 associations étudiantes, appelées "groupes locaux" implantés dans les écoles d'ingénieurs et universités françaises. La fédération est dotée d'une coordination nationale composée de salariés et de bénévoles chargés de la formation et de l’accompagnement des membres au cours de leurs projets.
L’engagement d’Ingénieurs Sans Frontières est fondé sur la prise de conscience de la responsabilité particulière de l’ingénieur dans la construction du développement durable. La finalité de son projet associatif est de lutter pour un exercice harmonieux des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au niveau mondial. L’association tente de renforcer les capacités des pays du sud afin d’améliorer les conditions de vie des populations et réduire les dépendances génératrices d’inégalités. Enfin, elle organise également des discussions et des questionnements autour d’expériences locales afin d’étudier des problématiques plus globales.
B) Le groupe local d'ISF Nantes
Le groupe ISF Nantes a été fondé en 1988. Il perdure au fil des promotions d’élève-ingénieurs successives. Aujourd’hui, ISF Nantes est basée à l’Ecole Centrale de Nantes et compte une vingtaine de membres actifs.
L’ensemble du groupe ISF Nantes travaille sur le Projet Colibantan, et trois membres souhaitent partir sur place au mois de juillet. Ces membres sont Martin PILON, Mathieu SOHM et Geoffrey GUILLART. Tous trois originaires de régions différentes, nous nous sommes rencontrés au sein du groupe d’ISF en septembre 2013 à notre arrivée à l’Ecole Centrale. Nous nous sommes rapidement décidés à monter ce projet durant l’année scolaire, grâce notamment à un partenariat naissant entre ISF Nantes et une association de solidarité internationale qui travaille au village de Colibantan au Sénégal (cf paragraphe suivant).
Outre l’aide technique apportée à ce village, nous voyons avant tout notre mission comme un échange culturel et humain fort avec les populations locales. De plus, nous gardons en tête que même si ce projet est un franc succès, le résultat restera à portée locale. C’est pourquoi il est intéressant de considérer ce premier départ comme une expérience personnelle enrichissante, qui pourra par la suite nous conduire à orienter notre carrière d’ingénieur vers la solidarité internationale, suite à quoi nous pourrons nous engager au sein de projets plus conséquents.
C) Notre partenaire : l'Association Colibantan
L'association Colibantan a été créée à Nantes en 1998 afin de soutenir une association de villageois de Colibantan créée un an plus tôt : l'AVED (Association des Villageois pour l'Education et le Développement). Ensemble, ils conduisent de nombreux projets dans les domaines de l'éducation, de la santé, du maraîchage ou encore de la lutte contre la déforestation.
Les membres de l'Association Colibantan, présidée par Bénédicte CISSE, ont une connaissance approfondie du village de Colibantan. C'est directement en sondant les besoins des agriculteurs sur place qu'ils ont pensé à cette solution du séchage solaire. Ils pourront nous donner les bons conseils pour faire de cette mission une réussite.
Il est clair que nos deux associations partagent des valeurs communes. Ce partenariat devrait sans nul doute donner lieu à un échange fructueux, que nous espérons inscrire dans la durée, en vue de futures missions que pourraient réaliser nos successeurs à l’Ecole Centrale.
Notre partenariat a débuté à l’été 2013. Une première réunion réunissant une majeure partie des membres des deux associations a eu lieu en Octobre. Une réunion d'accompagnement, organisée par la coordination nationale d'ISF (appelée réunion d'initialisation) s’est déroulée le lundi 27 janvier 2014 en présence de 3 membres de la fédération d’ISF et de 5 membres de l’association Colibantan. Elle a permis de valider le projet et de donner lieu à l'élaboration d'une convention partenarial entre ISF Nantes et l'association Colibantan.
II) Le projet d'installation de séchoirs solaires
A) Le village de Colibantan
C'est un village sénégalais de plus de 4000 habitants (pour la plupart agriculteurs) situé à environ 400 km de Dakar, non loin de Tambacounda, plus grande ville de l'est du Sénégal. Le paysage est un paysage de savane arborée. A cause de la dégradation des sols, de la flore, de la faune et du recul de la forêt, l’exode rural et l’émigration s’amplifient depuis plusieurs années.
Grâce à l’Association Colibantan, le village s’est récemment vu doté de nombreux fours économes, ce qui a considérablement diminué la consommation en bois des habitants pour la cuisson des aliments. Des jardins potagers ont également vu le jour et notre projet de séchoirs solaires vient directement s’inscrire dans la continuité de cette réalisation.
L'absence d'accès à l'électricité rend délicate la conservation des fruits et légumes lors de l'arrivée massive des récoltes.
Les méthodes de séchage traditionnelles ne procurent pas de résultats satisfaisants : temps de séchage trop long, problèmes d’hygiène (insectes, poussière, animaux domestiques), non protection contre l’humidification la nuit… Le gaspillage est un réel problème et une solution alternative est activement recherchée par les agriculteurs sur place.
B) Objectifs de la mission
Afin de répondre à ce besoin, nous souhaitons donc installer plusieurs séchoirs solaires passifs ( la seule source d'énergie est alors le soleil) devant permettre un séchage des fruits en 3-4 jours. Les denrées séchées peuvent ainsi être conservées jusque 6 à 12 mois. Cette solution est un moyen économique et efficace de sécher les récoltes, à des fins de conservation.
Le séchoir est doté d'une vitre derrière laquelle se trouve une plaque de tôle peinte en noir. Cela permet de chauffer un flux d'air circulant du bas du séchoir vers le haut du séchoir par convection. Le flux d'air chaud réalise une déshydratation rapide des aliments, disposés sur des plaques amovibles d’environ 0.5 m². En moyenne, 1 m² de plaque permet de sécher 10 kg de produit frais récolté.
Les trappes d'entrée et de sortie sont bien sûr recouvertes de moustiquaires, ce qui évite la présence d'insectes sur les produits lors du séchage, contrairement au séchage en plein air.
Les avantages par rapport au mode de séchage traditionnel sont nombreux :
-Meilleurs temps de séchage grâce à la circulation d’air chaud
-Les hautes températures tuent les insectes et autres micro-organismes
-Étanchéité en cas de pluie
-Meilleure qualité de séchage : les produits se conservent plus longtemps
-Non détérioration des produits par incidence directe rayons du soleil
Du fait de la simplicité du prototype et de facilité à trouver les matériaux, nous avons opté pour un modèle de séchoir solaire similaire à ceux déjà implantés par l’association toulousaine Solafrika.
Outre l’implantation de plusieurs séchoirs, il est primordial de s’assurer que les habitants du village soient capables de reconstruire des séchoirs identiques ultérieurement s’ils en ont besoin. Il faudra donc former des artisans du village à cette fabrication.
Enfin, chaque aliment présente des modalités de séchage bien spécifiques, qui peuvent encore varier en fonction de la taille et de la variété du produit. Cet aspect ne devra pas être pris à la légère. De plus, une phase de préparation du produit bien précise doit être respectée (sélection, nettoyage, épluchage, salage…).
C) Préparation du séjour
Nous sommes amenés à suivre au cours de l’année plusieurs week-ends de formation organisés par Ingénieurs Sans Frontières et réunissant des représentants de tous les groupes locaux. Au nombre de 2, la première était axée sur une réflexion approfondie sur nos motivations au départ et la deuxième portera sur la complexité des interactions dans une culture différente et la préparation administrative au départ (visas, vaccins...). La Fédération Nationale organise aussi des week-ends de formation à caractère davantage technique : ce sont les J.E.S.S.I. (Journées d'Échange et de Sensibilisation à la Solidarité Internationale).
Enfin, une commission de la coordination nationale d'ISF, composée d'experts des projets internationaux, est planifiée avant le départ, baptisée le Coléoptère, pour COLlège d’Evaluation des OPérations TERrains Envisagées). Ce coléoptère évalue la qualité du projet, le programme de la mission et décide si les membres peuvent partir au nom d'ISF et utiliser les fonds reçus au nom d'ISF. Le coléoptère formule également des conseils pour la réussite complète de la mission.
La validation du coléoptère donne droit à une assurance couvrant la responsabilité civile ainsi que le rapatriement pour la durée de la mission.
Nous envisageons de construire un prototype à échelle réelle du séchoir à l’école, afin d'être les plus opérationnels possible une fois sur place, sachant que la recherche des matériaux risque de prendre du temps. Ce prototype nous permettra en particulier de tester l’étanchéité de notre séchoir, qui est une de nos contraintes importantes.
De plus nous construirons avant notre départ un “mini-séchoir” en pièce détachées que nous emporterons au Sénégal. Ansi nous pourrons sécher quelques aliments dès le début de notre séjour, donc avant la construction du premier séchoir à taille réel. L’objectif étant de faciliter le dialogue avec les futurs utilisateurs au sujet du séchage d’aliments.
Notre travail en amont est de trois types :
- La recherche de fonds destinés au projet
- La partie technique : recherches documentaires, construction du prototype, étude des matériaux utilisés…
- La partie logistique : préparation des aspects pratiques du séjour
Nous resterons bien sûr en contact régulier avec l’Association Colibantan tour au long de la préparation du séjour.
III) Précisions pratiques
A) Planning et aspects logistiques
Tous les matériaux devront être achetés sur place (bois, moustiquaires, verre, tôle, peinture...) car il n’est pas possible de les transporter à moindre coût. De plus, il est primordial que ces séchoirs soient entièrement faisables de nouveau ultérieurement avec des matériaux que l’on peut trouver localement. Nous n'emporterons donc que le strict minimum, c’est à dire quelques affaires personnelles, médicaments, de la documentation et éventuellement des outils peu encombrants.
La première partie du travail consistera à acheter le bois nécessaire à la construction des séchoirs solaires sur les marchés de Tambacounda, grande ville située à 80 km au nord est de Colibantan, puis à les transporter jusqu’au village. A l’aide de nos contacts locaux au sein de l’AVED Colibantan, nous allons commander en amont les matériaux tels que la peinture ou la vitre.
Nous avons planifié un séjour de un mois, du 1 au 31 juillet 2014.
Notre planning prévisionnel est le suivant :
jour 1 : Voyage aller
jours 2 à 5 : approvisionnement en matières premières (en partie à Dakar)
jours 5 à 10 : discussion avec les membres du village sur notre projet, recrutement d’artisans, lieux d’implantation, recherche des personnes capable d’assurer la continuité du projet
jours 11 à 13 : Construction du 1er séchoir
jours 13 à 15 : Début du séchage d’aliments avec les villageois, sensibilisation, discussion
jours 15 à 27: Construction des autres séchoirs
jours 27 à 30 : Retour sur les essais, discussions avec les villageois, mise en place des protocoles de séchage,
jour 31 : voyage retour
B) Programme de restitution
Au-delà du projet en lui-même, nous croyons qu'il est primordial de le faire connaître par diverses opérations de communication.
Tout d'abord, la coordination nationale exige la rédaction d'un rapport de mission ainsi que la participation à une formation « Retour », permettant de débriefer en profondeur la mission.
Nous prévoyons la réalisation d'une exposition photo au sein de notre école, une fois que nous serons de retour.
S'y ajouteront plusieurs publications dans les journaux qui nous en laisseront la possibilité.
Si vous choisissez de nous aider, votre participation sera évidemment mentionnée et nous vous tiendrons informés de l'avancée du projet et de nos publications.
Enfin, nous souhaitons réellement inscrire notre partenariat avec l'association Colibantan dans la durée. Ainsi, l'étape suivante sera de préparer des élèves de la promotion suivante à un nouveau projet.
Ce deuxième séjour pourrait être l'occasion de lancer la rénovation de puits dans les environs de Colibantan. Ces puits ne sont pour l'heure pas mécanisés et cela rend le travail quotidien des agriculteurs très pénible. Nous souhaiterions visiter les installations actuelles cet été afin d'être en mesure de trouver une solution adaptée d’ici l’année suivante.



